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Aides et conseils pour les consommateurs et leur entourage

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Aides et conseils pour les consommateurs de cannabis et leur entourage

Les effets du cannabis sur l'appétit

Pas étonnant qu’en fumant du cannabis on ressente des « munchies » ou « petits creux ». En stimulant un réseau de molécules internes à l’organisme, la plante peut interférer, entre autre, avec la régulation de la prise alimentaire. Est-il possible alors d’utiliser des dérivés du cannabis pour moduler la sensation d’appétit? Les recherches pour trouver des réponses ne font que se multiplier.

Fins gourmets ou adeptes du take away, grands ou petits mangeurs, à chacun ses habitudes, mais au-delà des variations considérées dans la norme, les troubles nutritionnelles peuvent constituer des véritables problèmes de santé: obésité, anorexie, inappétence liée à des pathologies tels que SIDA, côlon irritable ou encore à des traitements médicaux de chimiothérapie ne sont que quelques exemples.

Bien que la régulation du métabolisme, de la prise alimentaire, et du contrôle du poids corporel soit très complexe et mette en jeu une multitude de messagers cellulaires tels que les hormones et les neurotransmetteurs, on sait aujourd’hui que le système endocannabinoïde (constitué d’un réseau de molécules internes à l’organisme et qui peut être aussi activé ou inhibé par le cannabis) a son rôle à jouer (1).

Les modifications de l’appétit ressenties par les consommateurs de cannabis et décrites depuis l’antiquité avaient déjà mis la pouce à l’oreille des scientifiques il y a une quarantaine d’années (2).

Le THC, le majeur composé psychoactif du cannabis, est un puissant stimulateur de l’appétit

Pour comprendre comment le cannabis peut-il modifier la sensation de faim, les chercheurs ont commencé en 1970 à étudier l’effet du THC (Δ9 – tétrahydrocannabinol, le majeur composé psychoactif du cannabis) sur les comportements alimentaires. Les résultats ont été clairs dès le début : les volontaires traités avec cette molécule avaient envie de consommer beaucoup plus de sucreries et de graisses comme des frappés au chocolat et des marshmallows, ils avaient plus d’appétit et ils appréciaient d’avantage la nourriture (3).

Depuis lors, plusieurs études ont confirmé cette action hyperphagique du THC soit chez l’être humain que sur des nombreux modèles animaux. Chez les rats, l’action de THC est si puissante qui les pousse à manger même quand ils sont gavés (2).

Le THC active un réseau de molécules produites par l’organisme et qui intervient aussi dans le contrôle de la prise alimentaire

Un grand pas en avant dans la compréhension des mécanismes d’action du THC  a été la découverte dans les années huitante des récepteurs CB1, qui constituent une sorte d’antennes spécialisées pour capter des signaux transmis par les endocannabinoïdes, des molécules produites au besoin par notre organisme et qui sont des analogues des composés qu’on trouve dans le cannabis (2).

Si administrés localement par des injections dans l’hypothalamus, région du cerveau qui régule entre autre la sensation d’appétit, les deux endocannabinoïdes, anandamide et le 2-AG, stimulent aussi fortement la prise alimentaire. A l’inverse lorsque les récepteurs CB1 sont bloqués par des médicaments comme le rimonabant la sensation d’appétit baisse remarquablement (2).

Le système endocannabinoïde module la sensation de « avoir envie » et d’ « aimer » la nourriture

Certaines études récentes suggèrent que le système endocannabinoïde régule le métabolisme ainsi que la prise alimentaire. Plus particulièrement, les résultats obtenus chez les rats ont montré que le système endocannabinoïde est impliqué dans l’impulsion de recherche de la nourriture ainsi que dans le plaisir prouvé lors de la prise alimentaire. En quelque sorte, il régule les sensations d’ « avoir envie » (« wanting ») et d’ « aimer » (« liking ») manger (4).

Il est donc très probable que les effets du cannabis et plus particulièrement du THC sur la prise alimentaire reflètent en réalité des mécanismes clés du système nerveux qui sont impliqués dans le normal contrôle de l’appétit (2).

Le système endocannabinoide agit au niveau cérébral mais aussi sur les organes périphériques

La présence des récepteurs CB1 dans plusieurs organes impliqués dans les processus métaboliques comme le foie, les muscles squelettiques, le tractus gastro-intestinal et les adipocytes suggère que la régulation de la prise alimentaire par le système endocannabinoide se fasse par une sorte de dialogue constant entre le cerveau et les autres organes (5).

Si le désir de nourriture et son appétibilité sont modulés au niveau cérébral, le métabolisme énergétique se déroule aussi au niveau des organes périphériques. Par exemple, le système endocannabinoïde et plus particulièrement les récepteurs CB1 interviennent dans le contrôle de la glycémie au niveau musculaire, dans la synthèse de lipides, insuline et adiponectine par les adipocytes, dans la fabrication de nouveaux acides gras par le foie et dans la sensation de satiété qui provient du tractus gastro-intestinal (5).

Le système endocannabinoïde stimule donc les processus anaboliques, car il incite à manger, induit le stockage de graisses et diminue les dépenses énergetiques (1).

Ces rôles multiples dans la modulation physiologique de la prise alimentaire amènent à se poser la question quant à l’implication du système endocannabinoïde dans les troubles nutritionnelles (4).

Le système endocannabinoïde est dérégulé lors de certaines troubles alimentaires comme l’obésité

Il semble par exemple que le système endocannabinoïde joue un rôle fondamental dans le développement et le maintien de l’obésité. Chez les patients obèses, une prise excessive de nourriture, spécialement de sucreries et de graisses provoque une hyperactivité du système endocannabinoïde qui donne lieu à plusieurs altérations du métabolisme (5).

Une des possibilités pharmacologiques le plus explorée est celle d’utiliser des médicaments qui freinent l’action du système endocannabinoïde comme le rimonabant et le taranabant. Ces molécules ont la capacité de se lier aux récepteurs CB1 et en arrêtent l’activité. La transmission de signaux par ces antennes spécialisées est donc bloquée (6).

Malgré que les premiers tests sur les animaux aient eu l’air prometteur, les résultats d’autres études chez l’humain ont ralenti l’utilisation de ses médicaments à cause des effets secondaires de type psychiatrique. Plus particulièrement, il est très important que l’histoire psychologique et psychiatrique du patient soit bien connue, pour éviter le risque accru de suicide induit par les antagonistes des récepteurs CB1 (6).

Ainsi, après avoir été approuvé dans plus de 30 pays en 2006, le rimonabant a été retiré du marché quelque année après (7).

Un autre composé du cannabis sans actions psychotiques, le cannabidiol, pourrait se montrer très intéressant dans la régulation de l’obésité. En effet, les premières études sur les rats et les souris ont montré que le cannabidiol réduit la prise alimentaire. Cependant, vu que les mécanismes mis en jeu restent encore à comprendre son utilisation thérapeutique dans l’obésité reste encore à valider (8).

Fumer du cannabis n’augmente pas forcement le risque d’obésité

Il est tout à fait légitime de se demander si fumer le cannabis, et donc forcer une sur-stimulation du système endocannabinoïde n’augmente pas le risque d’obésité. Les données dans la littérature scientifique ne sont pas toutes unanimes. Comme la cessation de la consommation de cannabis a été mise en relation parfois avec une baisse et parfois avec une augmentation du poids corporel, de la même façon, la corrélation entre obésité et cannabis varie selon les études (7).

Une recherche de l’année 2011, qui a examiné les données de plusieurs études épidémiologiques chez des jeunes adultes a montré, contre toute attente, que fumer du cannabis ne constitue pas un facteur de risque pour l’obésité. Au contraire, même si l’enquête a confirmé une augmentation de la prise alimentaire, le nombre de personnes obèses est résulté inférieur chez les consommateurs que chez les non consommateurs de cannabis (7).

Utilisation clinique du THC et du cannabis pour stimuler l’appétit

L’augmentation de l’appétit par le cannabis semble donc être un des effets sur lequel concordent utilisateurs de cannabis et scientifiques. Ce n’est pas étonnant que les propriétés des cannabinoïdes et en particulier celles du THC et de ses dérivés aient été exploitées au niveau pharmacologique pour le traitement de l’anorexie et de la perte de poids associée à différentes pathologies comme le SIDA (7).

Une des applications les mieux décrites est celle du traitement des nausées et des vomissements induits par les chimiothérapies, effets secondaires parfois tellement invalidants qu’ils peuvent compromettre l’efficacité du traitement (1).

Les cannabinoïdes se sont montré très efficaces et les médicaments comme le Dronabinol, composé de THC, ou le Cesamet, à base de nabilone, sont autorisés et utilisés dans différents pays pour traiter les nausées quand les malades de cancers soumis à chimiothérapie ne répondent pas à d’autres traitements conventionels (1).

Les autres cannabinoïdes jouent aussi un rôle important dans la modulation de l’appétit

Mais le THC n’est pas le seul cannabinoïde qui stimule la prise alimentaire. En effet des extraits de cannabis dépourvus de THC peuvent aussi augmenter l’appétit (8).

En cherchant les autres composés actifs contenus dans le cannabis responsables de moduler de l’appétit, les scientifiques ont mis en évidence trois autres molécules prometteuses ayant un effet différent : le cannabidiol qui diminue la prise alimentaire, le cannabiol qui l’augmente et le cannabigerol qui peut avoir soit l’une soit l’autre action. Il est courant que les plantes contiennent des principes actifs ayant un effet et des composés qui le balancent, voire l’empêchent. Il n’est donc pas étonnant que dans le cannabis soient présentes des molécules qui stimulent l’appétit et d’autres qui le diminuent (8).

Les cannabinoïdes qui constituent le cannabis peuvent donc représenter un potentiel clinique pour des nombreux désordres alimentaires. Plus particulièrement les cannabinoïdes tels que le cannabidiol, cannabiol ou cannabigerol, dépourvus d’effet psychotrope et bien tolérés chez l’humain, pourraient être à la base de nouvelles thérapies pour le traitement des troubles alimentaires (8).

Références

  1. The endocannabinoid system: role in energy regulation. Gamage TF, Lichtman AH. Pediatr Blood Cancer. 2012. 58:144-8. doi: 10.1002/pbc.23367.
  2. Endocannabinoids and food intake: newborn suckling and appetite regulation in adulthood. Fride E, Bregman T, Kirkham TC. Exp Biol Med. 2005. 230:225-34.
  3. Effects of smoked marijuana on food intake and body weight of humans living in a residential laboratory. Foltin RW, Fischman MW, Byrne MF. Appetite. 1988. 11(1):1-14.
  4. Cannabinoids and appetite: Food craving and food pleasure. Kirkham TC. Int Rev Psychiatry. 2009. 21:163-71.
  5. The multiple functions of the endocannabinoïde system: a focus on the regulation of food intake. Tibiriça E. Diabetol Metab Syndr. 2010. 21;2:5.
  6. A critical review of the cannabinoid receptor as a drug target for obesity management. Akbas F, Gasteyger C, Sjödin A, Astrup A, Larsen TM. Obes Rev. 2009. 10:58-67. Epub 2008 Aug 20.
  7. Obesity and cannabis use: results from 2 representative national surveys. Le Strat Y, Le Foll B. Am J Epidemiol. 2011. 174:929-33. Epub 2011 Aug 24.
  8. Cannabinol and cannabidiol exert opposing effects on rat feeding patterns. Farrimond JA, Whalley BJ, Williams CM. Psychopharmacology (Berl). 2012. 223:117-29. Epub 2012 Apr 28.

Auteur: Lia Rosso