Le cannabis, perturbateur endocrinien

Peu le savent mais le cannabis est un perturbateur endocrinien. A ce titre, il peut entraîner une baisse de la fertilité, des malformations génitales et pourrait avoir d'autres conséquences hormonales, moins bien étudiées.

Cannabis, perturbateur endocrinien

Au cours des 35 dernières années, depuis que l’on a isolé le THC, le composé actif de la marijuana, les effets psychologiques et physiologiques de la marijuana ont été activement étudiés Des études menées sur des modèles animaux ont montré que le THC, principe actif du cannabis, pouvait influencer des systèmes hormonaux variés. L'administration aiguë de cannabinoïdes altère plusieurs systèmes hormonaux, y compris les stéroïdes gonadiques, l'hormone de croissance, la prolactine, les hormones thyroïdiennes et l'axe Hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HHS). (1) Ces effets sont produits par l'activation des récepteurs cannabinoïdes de type 1 et 2 qui sont distribués dans tout l'organisme: système nerveux central, rate, amygdales, foie, pancréas, cœur, surrénales, tissu adipeux, système reproducteur,  pour les récepteurs CB1, cellules immunitaires, rate, amygdales et thymus pour les récepteurs CB2. Le cannabis est un perturbateur endocrinien tout comme les phtalates, le Bisphénol A et les parabènes. Toutefois, il apparaît que ces effets pourraient être transitoires notamment à cause des tolérances qui se créent.

Troubles de la sexualité et de la reproduction

Le cannabis a des effets sur le système reproductif. Chez l'homme et la femme, les hormones sexuelles sont directement contrôlées par la glande puitutaire et indirectement par l'hypothalamus. Le THC et d'autres cannabinoïdes altèrent sérieusement l'intégrité de l'axe hypothalamo-hypophysaire-gonadotrope et affectent les fonctions reproductrices en agissant sur l'hypothalamus. (2) Ces effets sont probablement entraînés par les récepteurs CB1. Il a été montré que les  cannabinoïdes diminuaient la libération de prolactine et donc l'hormone lutéinisante et la testostérone. (3)  Chez l'homme, cela entraîne des perturbations de la spermatogenèse (spermatozoïdes moins nombreux avec un comportement anormal les rendant moins susceptibles de féconder un ovule). (4) Des études anciennes ont associé à une consommation chronique de marijuana des gynécomasties, développement excessif des glandes mammaires chez l'homme.  (5) Chez la femme, différentes études ont montré que le THC entraînait des perturbations du cycle ovarien. Les femmes consommant du cannabis peuvent aussi présenter une baisse de la fertilité. (6) (7) Des modèles animaux ont aussi montré une inhibition des comportements sexuels par les cannabinoïdes.

Autres troubles endocriniens

Les études menées chez les animaux montrent que le cannabis diminue la production d'hormones thyroïdiennes. L'administration aiguë de THC à des rats a entraîné une diminution de taux sériques de THS et d'hormones T3 et T4. (8) Cependant, cet effet disparaît avec une administration chronique de THC ce qui indique l'apparition de tolérance. Au niveau de l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, il a été montré que les cannabinoïdes augmentent les taux hypophysaire et plasmatique de CRF (facteur libérateur de la corticotrophine), d'ACTH (corticotrophine) et de corticostérone, autant d'hormones participant à la réponse au stress. (9) Il existe des preuves substantielles que les phytocannabinoïdes (le cannabis et ses composants) et les endocannabinoïdes stimulent l'appétit chez l'homme et chez l'animal et que ces effets sont entraînés par les récepteurs cannabinoïdes CB1. (10) Cet effet orexigène a été utilisé chez les patients atteints du sida, cachectiques, et explique les essais cliniques des antagonistes des récepteurs aux cannabinoïdes comme éventuels anorexigènes chez les obèses. (11)

Marijuana et THC affectent de multiples systèmes endocriniens. La plupart des effets observés sont toutefois perdus avec une administration chronique qui entraine probablement des tolérances. Les effets à long-terme sur les différents systèmes endocriniens n’ont pas été clairement démontrés. Les effets à long terme du cannabis sur le système endocrinien devraient donc faire l'objet de nouvelles recherches.



Références

(1) Brown TT, Dobs AS. Related citations Endocrine effects of marijuana. J Clin Pharmacol. 2002 Nov;42(11 Suppl):90S-96S. Review.

(2) Murphy LL, Munoz RM, Adrian BA, Villanua MA: Function of cannabinoid receptors in the neuroendocrine regulation of hormone secretion. Neurobiology of Disease 1998;5:432-446. 

(3) Murphy LL, Chandrashekar V, Bartke A: Delta-9- tetrohydrocannabinol inhibits pulsatile luteinizing hormone secretion in the male rat. Neuroendocrinol Lett 1994;16:1-7.

(4) Hembree WC, Zeidenberg P, Nahas GG: Changes in human spermatozoa associated with high dose marijuana smoking, in: Nahas GG, Paton W (eds.), Marihuana: Biological Effects. New York: Pergamon, 1979;429-439.

(5) Harmon J, Aliapoulios MA: Gynecomastia in marijuana users. N Engl J Med 1972;287:936.

(6) Mendelson JH, Mello, NK, Ellingboe J, Skupny AST, Lex BW, Griffin M: Marihuana smoking suppresses luteinizing hormone in women. J Pharmacol Exp Ther 1986;237:862-866.

(7) Mendelson JH, Mello NK: Effects of marijuana on neuroendocrine hormones in human males and females, in: Braude MC, Ludford JP (eds.), Marijuana Effects on the Endocrine and Reproductive Systems.Washington, DC: Government Printing Office, 1984;97-109.

(8) Nazar B, Kairys DJ, Fowler R, Harclerode J: Effects of Delta-9- tetrahydrocannabinol on serum thyroxine concentrations in the rat. J Pharm Pharmacol 1981;21:208-214.

(9) MANZANARES J, CORCHERO J, FUENTES JA. Opioid and cannabinoid receptor-mediated regulation of the increase in adrenocorticotropin hormone and corticosterone plasma concentrations induced by central administration of delta(9)-tetrahydrocannabinol in rats. Brain Res 1999, 839 : 173-179

(10) Irkham T. C. (2009). Cannabinoids and appetite: food craving and food pleasure. Int. Rev. Psychiat. 21, 163–171.

(11) INSERM. Expertise collective. Cannabis. Quels effets sur le comportement et la santé. Paris; Inserm: 2001 (MAJ 2004).

Autres sources :

Goodwin RS, Baumann MH, Gorelick DA, Schwilke E, Schwope DM, Darwin WD, Kelly DL, Schroeder JR, Ortemann-Renon C, Bonnet D, Huestis MA. CB1 - cannabinoid receptor antagonist effects on cortisol in cannabis-dependent men.  Am J Drug Alcohol Abuse. 2012 Jan;38(1):114-9. Epub 2011 Jul 29.

 

Auteur : Anne-Sophie Glover-Bondeau / décembre 2012

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