Cannabis, un ennemi de la fertilité

La consommation de cannabis a une conséquence dont on parle trop peu, à savoir un effet négatif sur la fertilité masculine et féminine. Le point sur les connaissances actuelles.

Son impact sur la fonction reproductive masculine

La consommation de cannabis a des conséquences sur la qualité du liquide séminal. En 2003, l'étude du sperme de 22 hommes fumant du cannabis 4 fois par semaine depuis 5 ans a montré des spermatozoïdes moins nombreux, et qui ont un comportement anormal: ils bougeaient trop vite et trop tôt, ce qui fait qu'ils avaient beaucoup moins de chances d'arriver à atteindre l'ovule et donc de féconder celui-ci. (1) La consommation de cannabis pourrait ainsi rendre infertiles des hommes déjà peu fertiles. Une étude menée en 2006 qui a étudié in vitro les effets du THC sur la fonction des spermatozoïdes de78 hommes faisant un bilan d'infertilité a montré un effet délétère sur le nombre et la fonction des spermatozoïdes. (2) A noter: la consommation de cannabis chez une femme pourrait aussi entraîner ces effets sur les spermatozoïdes dans les voies génitales: on retrouve en effet un taux élevé de THC dans les voies génitales féminines. On n'explique pas encore pourquoi le cannabis a un tel effet mais des hypothèses ont été avancées.  Le THC agirait sur des récepteurs cannabinoïdes présents à la surface des spermatozoïdes et altèrerait le système endocannabinoïde dans les testicules. (3) La consommation de cannabis aurait également un effet sur les hormones sexuelles: des études menées sur des rats et sur des singes ont montré une réduction des hormones sexuelles: de l'hormone LH (Hormone Lutéinisante), de la testostérone et de la FSH ( Hormone Folliculo-Stimulante), or la LH et la HFS sont deux hormones qui ont une importance majeure au niveau de la reproduction chez l'homme ( elles contrôlent la spermatogenèse) (4) Cependant, d'autres études ont montré l'apparition de tolérance qui fait que les consommateurs de cannabis peuvent présenter des taux normaux d'hormones.

En outre, les fumeurs de cannabis sont aussi très souvent des consommateurs de tabac (joints), or de nombreuses études ont montré que les fumeurs de tabac avaient un sperme de mauvaise qualité (spermatozoïdes moins nombreux, moins mobiles, anomalies chromosomiques des spermatozoïdes)  et par conséquent une mauvaise fertilité. On sait donc que la combinaison tabac et cannabis a  des effets délétères sur la reproduction.

Un effet néfaste sur la fonction reproductive féminine

La consommation régulière de cannabis chez la femme entraîne des perturbations du cycle et de la qualité d'ovulation. Cela est dû non seulement au THC mais aussi à d'autres composants du cannabis. Il semble ainsi par exemple que des phytooestrogènes présents dans la fumée de cannabis interfèrent  avec  les récepteurs des oestrogènes. Le THC est à l'origine de perturbation des hormones sexuelles. Des expérimentations ont montré que l'administration aiguë de THC modifie la sécrétion de l'hormone lutéinisante (LH) mais de façon variable selon la période du cycle menstruel. Ainsi, une forte exposition au cannabis pendant la phase progestative réduit de 30% le niveau plasmatique d'hormones lutéinisantes dans l'heure suivant la consommation alors que dans la période périovulatoire cette exposition entraîne une hausse de sécrétion de LH. (5) Conséquence: le corps lutéal connaît un moins bon développement. On a observé chez des singes femelles une inhibition des hormones LH et FSH. Une étude menée sur 26 femmes fumant du cannabis au moins 4 fois par semaine a montré que le THC perturbait le cycle menstruel, avec un cycle plus court et une période lutéale plus courte. (6) Une étude a montré une augmentation du risque de kystes fonctionnels de l'ovaire chez les fumeuses de cannabis, or ceux-ci peuvent être liés à des problèmes d'infertilité. Le cannabis a également un effet néfaste sur la fertilisation in vitro.

Les fumeuses de cannabis consomment aussi souvent du tabac, qui a lui aussi des répercussions sur la fertilité féminine. La consommation de tabac entraîne une diminution de la réserve ovarienne (7), une diminution de la qualité des ovocytes, des cycles courts et irréguliers, des dysménorrhées. Mais contrairement au cannabis dont l'élimination est très lente, les  effets sont réversibles en cas d'arrêt de la consommation. La consommation de joints est donc doublement néfaste pour la fertilité féminine.

Cannabis: conception plus difficile

Des études menées chez l'animal ont montré que la consommation de cannabis au moment de la conception entraînait plus de risques de fausses couches et de grossesses extra-utérines. Il semble  que le  THC empêche le transport et la nidation des embryons dans l'utérus. Une molécule naturelle, l'anandamide est présente en début de grossesse. Elle est nécessaire pour l'implantation et le développement de l'embryon.  Si cette molécule est présente en trop grande ou en trop petite quantité, des problèmes peuvent survenir au niveau du transport de l'embryon dans l'utérus, de son implantation dans celui-ci et de son développement. Des études réalisées sur des souris traitées avec le Delta-9-THC  ont montré une hausse de 40% du taux de fausses couches précoces et une absence d'embryon dans l'utérus dans 35% des cas. Le THC entraîne une concentration supérieure à la normale d'anandamide. (8)

Là encore, il faut parler des effets du tabac sur la conception, les consommateurs de cannabis consommant souvent celui-ci avec du tabac. L'étude d'Augood (méta analyse portant sur 12 études) a montré un délai de conception de plus d'un an qui est dose dépendant avec la durée d'exposition au tabac (9) Le tabagisme chez l'homme et chez la femme entraîne une diminution de plus de 40% des chances en AMP et un taux d'échec en ICSI 3 fois plus élevé chez les fumeurs.(10) (11)

Les connaissances actuelles, bien que devant être confirmées pour certaines, permettent de conseiller aux couples désireux d'avoir un enfant de cesser les consommations de tabac et de cannabis, et cela est encore plus valable pour ceux qui sont suivis pour infertilité et qui ont recours à la procréation médicalement assistée ( PMA).

Références

(1) Burkman, et al - Abstract No. P-331 - 59th Annual Meeting of the American
     Society for Reproductive Medicine, 2003
(2) Lynne B. Whan Ph.D., Mhairi C.L. West Ph.D., Neil McClure M.R.C.O.G.
and Sheena, Fertility and Sterility Volume 85, Issue 3, March 2006, Pages 653-
660
(3) M Maccarrone, Endocannabinoids and reproductive endocrinology.- Curr Opin Investig Drugs. 2009 Apr;10(4):305-10.
(4) AH Mukhtar, NM Elbagir, AA Gubara Sex Hormones Levels as Influenced by Cannabis sativa in Rats and Men- Pakistan Journal of Nutrition, 2012
(5) B Park, JM McPartland, M Glass. Cannabis, cannabinoids and reproduction - Prostaglandins Leukot Essent Fatty Acids. 2004 Feb;70(2):189-97.
(6) J. Bauman, Marijuana and the female reproductive system, in: Health Consequence of Marijuana Use, US Government printing office, Washington, DC, 1980, pp. 85–97.(7) Freour T, Masson D, Mirallie S, Jean M, Bach K, Dejoie T, et al.  Active smoking compromises IVF outcome and affects ovarian reserve. Reprod Biomed Online 2008;16:96-102.
(8) Nature Medicine, 19 septembre 2004, DOI : 10.1038/nm1104.
(9) Augood C, Duckitt K, Templeton A , Smoking and female infertility: a systematic review and meta-analysis. Hum Reprod 1998, 13, 1532-1539.
(10) Zitzmann M, Rolf C, Nordhoff V, Schräder G, Rickert-Föhring M, Gassner P et al. Male smokers have a decreased success rate for in vitro fertilization and intracytoplasmic sperm injection. Fertil Steril 2003; 79 (suppl 3): 32-6.
(11)Berthiller, J. and A.J. Sasco, [Smoking (active or passive) in relation to fertility, medically assisted procreation and  Pregnancy J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris), 2005.

Autres sources

  • B Park, JM McPartland, M Glass. Cannabis, cannabinoids and reproduction - Prostaglandins Leukot Essent Fatty Acids. 2004 Feb;70(2):189-97.
  • M Riduan Joesoef, V Beral, SO Aral, RT Rolfs, DW Cramer. Fertility and use of cigarettes, alcohol, marijuana, and cocaine- Ann Epidemiol. 1993 Nov;3(6):592-4.
  • C Augood, K Duckitt, AA Templeton. Smoking and female infertility: a systematic review and meta-analysis. Human Reproduction, 1998 - ESHRE
  • A Banerjee, A Singh, P Srivastava, Turner H, Krishna A. - Effects of chronic bhang (cannabis) administration on the reproductive system of male mice, Birth Defects Res B Dev Reprod Toxicol. 2011 Jun;92(3):195-205. doi: 10.1002/bdrb.20295. Epub 2011 Jun 15.
  • M Yousofi, A Saberivand, LA Becker, Karimi I. The effects of Cannabis sativa L. seed (hemp seed) on reproductive and neurobehavioral end points in rats- Dev Psychobiol. 2011 May;53(4):402-12. doi: 10.1002/dev.20534. Epub 2011 Feb 16.
  • M Maccarrone, Endocannabinoids and reproductive endocrinology.- Curr Opin Investig Drugs. 2009 Apr;10(4):305-10.
  • AH Mukhtar, NM Elbagir, AA Gubara Sex Hormones Levels as Influenced by Cannabis sativa in Rats and Men- Pakistan Journal of Nutrition, 2012

 

Auteur : Anne-Sophie Glover-Bondeau / décembre 2012

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