Cannabidiol : une autre hypothèse à propos du grand nombre de fumeurs de cannabis chez les personnes souffrant d'une psychose

Sans effets psychotiques mais, au contraire, avec une panoplie d’actions potentiellement thérapeutiques au niveau du système nerveux, le cannabidiol est décrit aujourd’hui pour être antipsychotique, neuroprotecteur, anti-inflammatoire, anticonvulsif, sédatif et anxiolytique. Attention, ces vertus sont à prêter au cannabidiol pas au cannabis fumé qui présente des conséquences néfastes pour la santé (principalement pour les poumons) et pour le bien-être psychique... Mais ces découvertes invalideraient l'implication du cannabis dans le risque de développer un trouble psychotique.

Il est admis par la communauté scientifique que fumer du cannabis augmente les risques de psychoses. Pourtant, des malades de schizophrénie en font usage dans le but de soulager leurs symptômes. Pourquoi? Ces observations en apparence contradictoires peuvent être expliquées, du moins en partie, par la présence dans la plante des deux phytocannabinoides: le Δ 9-tetrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (1).

Le cannabidiol contrebalance les effets psychoactifs du THC

On sait depuis 1982 que le cannabidiol peut contrebalancer l’effet du THC en soulageant une multitude de symptômes psychotiques provoqués par ce dernier. Perception altérée de la réalité, pensées déconnectées, sensations de dépersonnalisation et réduction de contacts sociaux, ne sont que quelques exemples (2).

La même année une constatation faite dans un hôpital psychiatrique en Afrique de Sud corroborait cette découverte : les patients hospitalisés dans cette clinique, après utilisation d’un type de Cannabis artificiellement dépourvu de cannabidiol, montraient des psychoses d’une gravité encore jamais observée dans d’autres pays où ce type de cannabis n’avait jamais été employé (3).

Il est donc clair que le cannabidiol peut neutraliser les effets nocifs du THC à condition qu’il soit suffisamment présent dans la préparation de cannabis, ce qui n’est pas toujours le cas. Alors que le niveau de THC continue d’augmenter le pourcentage de cannabidiol reste le même, voire il diminue. Par exemple, depuis 2008 il est fréquent de trouver du haschisch ou des résines de cannabis ne contenant que 2,1% de cannabidiol contre 23,1% de THC1.


Le cannabidiol modifie l’anatomie du cerveau

Comment le cannabidiol fait-il pour entraver les effets du THC ? Même si tous les mécanismes ne sont pas encore complètement élucidés les analyses anatomiques ont montré une action directe du cannabidiol sur la structure du cerveau (4).

Par exemple, le cannabidiol protège l’hippocampe (région du cerveau responsable entre autre de la mémoire et de la capacité à rester attentif) de la diminution de volume due à la consommation de cannabis (4).

Cet effet protecteur a aussi été constaté au niveau des ganglions de la base, impliqués dans le contrôle des mouvements. Il est probable que le cannabidiol augmente l’intégrité neuronale dans ces régions du cerveau (3).

Le pouvoir antipsychotique du cannabidiol

Mais au-delà de son action antagoniste au THC, peut le cannabidiol influencer et modifier l’évolution des psychoses ? La réponse est oui. Tout d’abord, plusieurs études chez des modèles animaux stimulés artificiellement pour développer des psychoses ont permis de confirmer l’action antipsychotique du cannabidiol (5).

Lors de la comparaison avec des remèdes chimiques antipsychotiques tels que le halopéridol, le cannabidiol s’est avéré avoir une action tout à fait similaire avec l’avantage que son utilisation est dépourvue d’effets secondaires. La catalepsie, un état caractérisé par une rigidité importante des muscles du visage, du tronc et des membres qui restent figés,  peut, par contre, être une conséquence de la prise du halopéridol (5).

Cannabidiol et schizophrénie

Ainsi, vu l’absence de toxicité du cannabidiol, quelque première expérience a été entreprise pour tester l’effet du cannabidiol chez des schizophrènes (5).

Le premier cas clinique de schizophrénie traitée pendant un mois avec le cannabidiol a été celui d’une jeune femme de dix-neuf ans. Les analyses psychologiques ont montré une nette amélioration de la jeune femme équivalente à celle observée avec le halopéridol (5).

Plus récemment, lors d’un essai clinique avec quarante-deux malades atteints de schizophrénie aigue, le cannabidiol a montré un pouvoir thérapeutique tout à fait comparable avec celui du amisulpride, un antipsychotique atypique que, en fonction des doses employées, peut être utilisé comme antipsychotique ou comme antidépresseur (3).

Lors d’une autre étude ont été traités trois patients atteints d’un type de schizophrénie résistante aux remèdes classiques. L’amélioration due au cannabidiol a été fragrante chez un malade mais très légère chez les deux autres. Même si le nombre de cas étudiés est très limité il est possible que le cannabidiol ait moins d’effet sur la schizophrénie résistante aux traitements classiques que sur la schizophrénie aigue (3).

Le cannabidiol protège le système nerveux

Aux pouvoirs antipsychotiques s’ajoutent les effets neuroprotecteurs. Plusieurs expériences sur les animaux ainsi que sur les cellules en culture ont montré que le cannabidiol peut prévenir ou empêcher la mort neuronale. De plus, le cannabidiol peut induire une réparation des dommages cérébraux dus à une ischémie cérébrale (4).

On pense que les mécanismes d’action à la base de cette action neuroprotectrice mettent en jeu d’une part l’augmentation de la circulation sanguine dans le cerveau, et d’autre part les caractéristiques anti-inflammatoires du cannabidiol qui inhibent les monocytes et les macrophages, cellules dont le rôle est de dégrader les autres cellules malades (4).

Un puissant anticonvulsif

Mais les effets du cannabidiol ne s’arrêtent pas là. Au début des années septante plusieurs groupes de chercheurs ont commencé à mettre en évidence que le cannabidiol peut réduire, voire bloquer, les convulsions provoquées artificiellement par électrochoc chez plusieurs espèces animales (5).

Son effet était comparable à celui du THC ainsi que d’autres médicaments antiépileptiques couramment utilisés comme le phénobarbital ou le diphenylhydantoin. De plus, le cannabidiol pouvait agir en synergie avec les autres médicaments en augmentant leur effet (5).

Chez des souris convulsant à cause d’une drogue, l’action du cannabidiol était beaucoup plus puissante que celle du THC laissant envisager d’autres mécanismes d’action beaucoup plus proches à ceux des autres antiépileptiques (5).

Cannabidiol antiépileptique ?

Un premier essai clinique pour tester l’effet thérapeutique du cannabidiol dans l’épilepsie a ainsi démarré en 1980 chez seize patients. Huit parmi eux ont reçu entre 200 et 300 mg de cannabidiol par voie orale pendant quatre mois, les autres huit ont reçu à la place un placebo (5).

Tous ceux qui ont reçu du cannabidiol, malades et volontaires sains, ont confirmé la haute tolérabilité de la drogue ne montrant aucun effet indésirable. Sur les huit patients traités avec le cannabidiol quatre ont réagi très bien n’ayant eu aucune crise d’épilepsie tout au long de l’essai clinique, trois ont montré une nette amélioration et seul un malade est resté stationnaire (5).

Par contre, parmi ceux qui ont pris un placebo à la place, un seul a montré des signes d’amélioration alors que les sept autres n’ont manifesté aucun changement par rapport au début de l’essai clinique. Malgré les résultats prometteurs, ces études n’ont jamais été poursuivies car la quantité de cannabidiol à administrer était considérée trop importante (5).

Du cannabidiol pour parler aisément devant une caméra

C’est encore en 1980 que les premiers effets sédatifs et anxiolytiques du cannabidiol ont été mis en évidence. Après toute une série d’études chez l’animal, en 1993 ont démarré les essais chez l’humain. Ici aussi l’effet du cannabidiol a été comparé avec celui de deux anxiolytiques connus : l’ipsapirone et le diazépam (2).

Le but de l’essai : parler devant une caméra pour quelque minute, temps pendant lequel sont enregistrés des paramètres pour quantifier l’anxiété comme les battements cardiaques, la pression sanguine, et la conductance de la peau (2).

Il a été ainsi montré qu’au même titre que les deux autres médicaments, le cannabidiol réduit l’anxiété chez des personnes saines qui doivent tenir un discours devant un public (2).

En utilisant le même test, une étude de 2011 a montré que le cannabidiol peut aussi améliorer les performances d’orateur chez des personnes atteintes de phobies sociales (6).

Prometteur mais difficile à maitriser

A la vue de cette étendue du potentiel thérapeutique du cannabidiol, et compte tenu de son innocuité chez l’être humain, il est légitime de se demander pourquoi cette molécule ne soit pas plus utilisée en thérapie.

Si d’un côté ses mécanismes d’actions sont loin d’être complètement clairs, d’autre côté ce n’est pas si simple de définir des protocoles d’administration standards (3).

Une des difficultés majeure rencontrée réside dans le dosage correct du cannabidiol. La mesure de la vitesse d'absorption ainsi que la quantité de médicament réellement absorbée, qu’on nomme en pharmacologie la biodisponibilité, est très variable d’une personne à l’autre. De plus, si on se réfère  aux études menées chez les animaux le dosage thérapeutique représente une fenêtre très étroite. Il est donc difficile de cibler cette fourchette en appliquant des modalités d’administration générales. Il faudrait presque établir un dosage spécifique cas par cas (3).

Une perspective pour les recherches futures est celle d’arriver à synthétiser un composé similaire au cannabidiol ayant la même tolérabilité et les mêmes pouvoirs thérapeutiques mais avec un spectre d’action plus large et un dosage plus facile à définir. Les recherches sur le cannabidiol semblent donc destinées à prendre de plus en plus d’envergure (3).


Références


1. The Yin and Yang of Cannabis-induced Psychosis: the Actions of D 9-Tetrahydrocannabinol and Cannabidiol in Rodent Models of Schizophrenia. Arnold JC, Boucher AA, Karl T. Current Pharmaceutical Design. 2012. 18, 5113-5130

2. Cannabidiol, a Cannabis sativa constituent, as an anxiolytic drug. Schier AR, Ribeiro NP, de Oliveira e Silva AC, Hallak JE, Crippa JA, Nardi AE, Zuardi AW. Rev Bras Psiquiatr. 2012. 1:S104-10.

3. Multiple mechanisms involved in the large-spectrum therapeutic potential of cannabidiol in psychiatric disorders. Campos AC, Moreira FA, Gomes FV, Del Bel EA, Guimarães FS.
Philos Trans R Soc Lond B Biol Sci. 2012. 367:3364-78.

4. Potential protective effects of cannabidiol on neuroanatomical alterations in cannabis users and psychosis: a critical review. Hermann D, Schneider M. Curr Pharm Des. 2012.18:4897-905.

5. Cannabidiol: an overview of some pharmacological aspects. Mechoulam R, Parker LA, Zallily R. J. Clin. Pharmacol. 2002. 42; 11

6. Cannabidiol reduces the anxiety induced by simulated public speaking in treatment-naive social phobia patients. Bergamaschi MM, Queiroz RH, Chagas MH, de Oliveira DC, De Martinis BS, Kapczinski F, Quevedo J, Roesler R, Schröder N, Nardi AE, Martín-Santos R, Hallak JE, Zuardi AW, Crippa JA. 2011. Neuropsychopharmacology
36, 1219–1226.

 

Auteur : Lia Rosso / novembre 2012

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