Cannabis et sexualité : aide ou entrave ?

Cannabis : aphrodisiaque ou au contraire entrave aux fonctions sexuelles? Cela dépend, car l’utilisation du cannabis interfère avec les hormones sexuelles et peut ainsi modifier le désir sexuel, l’érection et les orgasmes. Du coup, ses effets diffèrent entre les hommes et les femmes ainsi que suivant les dosages utilisés. Si dans certains cas les réactions peuvent être aphrodisiaques, les abuses de cannabis peuvent être délétères et provoquer des dysfonctions de l’érection, des manques d’orgasme, des baisses de l’excitation et des rapports douloureux.

Réduction du désir sexuel et de la libido, baisse de la fréquence des rapports sexuels ou rapports douloureux, dysfonction érectile, diminution de l’excitation, éjaculation précoce, impossibilité à atteindre un orgasme : ce n’est pas parce qu’on en parle peu que ces problèmes n’existent pas. Les dysfonctions sexuelles, souvent négligées et sous-diagnostiquées, sont cause de sérieuses préoccupations (1).

Par exemple, en Suisse, aux Etats-Unis et dans certains pays européens, les statistiques montrent que, seulement chez les jeunes d’âge compris entre 18 et 25 ans, un homme sur trois souffre au moins d’un trouble sexuel (1).

Et d’après différentes études épidémiologiques, ces chiffres sont encore plus importants chez la population féminine, où plus de 4 femmes sur 10 auraient des problèmes à vivre pleinement, ou du moins d’une façon satisfaisante, leur vie sexuelle (2).

Il est difficile d’identifier le rôle exact joué par les différentes drogues dans l'apparition de dysfonctions sexuelles

Parmi les facteurs qui influencent la récurrence de ces problèmes on peut citer l’abuse d’alcool et de drogues, dont le cannabis. Cependant, il est difficile d’identifier clairement le rôle joué par chacun de ces produits car, en général, ce sont des substances qui sont rarement utilisées toutes seules (2).

Néanmoins, des études épidémiologiques datant déjà des années 80, reprises et re-analysées tout récemment, montrent une corrélation assez claire entre la présence de certains troubles sexuels et la consommation de certaines substances (2). 

Les évaluations statistiques dans ce type de recherche sont complexes et tiennent compte de beaucoup de variables, telles que les données démographiques, les conditions de santé, la cooccurrence chez la même personne de plusieurs troubles psychiatriques (par exemple : dépression, anxiété, phobies sociales) et l’utilisation de diverses drogues (2).

La consommation d’alcool et de marijuana est liée à une diminution des orgasmes et une augmentation des rapports douloureux

Ainsi, après avoir pris en considération tous les autres facteurs, il résulte que les utilisateurs de marijuana et d’alcool ont moins de chances de ressentir des orgasmes que ceux qui utilisent d’autres drogues. De surcroît, la consommation de drogues illicites et de cannabis est aussi associée à des rapports sexuels douloureux, qui, d’ailleurs, surviennent plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes (2).

Même si tous ces résultats suggèrent une influence négative du cannabis dans les troubles sexuels, ils ne prouvent pas un lien de causalité directe, ce qui reste donc un champ de recherche ouvert et important à explorer (2).

Les effets de cannabis varient selon les quantités consommées

D’autant plus, que parallèlement aux enquêtes qui établissent que la marijuana est toxique pour la santé sexuelle, on en trouve d’autres qui lui attribuent des effets totalement différents. Est-ce-que, par exemple, comme certains témoignages le reportent, le cannabis peut avoir des vertus aphrodisiaques (3) ?

Un examen de plusieurs sondages chez des femmes consommatrices de cannabis laisse entendre qu’une utilisation modérée améliore la sexualité dans deux domaines : le désir et le fonctionnement sexuel, ce qui inclue satisfaction, plaisir et qualité des orgasmes. Toutefois, une forte absorption de cannabis semble provoquer une baisse importante de la motivation sexuelle (3).

Pour ce qui concerne la sexualité des hommes plusieurs reportages des années 70 et 80 évoquent aussi une relation entre l’amélioration des rapports sexuels et la consommation de marijuana : le désir et la libido seraient accrus, les performances sexuelles seraient perçues plus longues et satisfaisantes, les orgasmes plus intenses (3).

Mais tous ces effets, chez les hommes comme chez les femmes, baissent brutalement lorsque la consommation de cannabis dévient excessive (3).

Le cannabis provoque-il des dysfonctions érectiles ?

Cependant, il apparait que si, d’une part le cannabis stimule le désir sexuel masculin, d’autre part il pourrait affecter les fonctions sexuelles en baissant la capacité érectile. Une recherche récente a été menée sur soixante-quatre hommes. En utilisant la pléthysmographie, une technique qui permet d’évaluer les variations de vasomotricité des vaisseaux sanguins, cette étude a documenté que les consommateurs habituels de marijuana ont l’endothélium, le tissu qui tapisse les vaisseaux sanguins, endommagé. Ceci constitue un important facteur de risque et de prédiction pour les dysfonctions érectiles (4).

Ces problèmes avaient déjà été mis en évidence lors de plusieurs sondages dans les années 80 qui ont reporté que la fréquence des troubles érectiles était deux fois plus importante chez les fumeurs que les non-fumeurs (3).

Les scientifiques ont plusieurs hypothèses pour expliquer les effets du cannabis sur la sexualité

Mais pourquoi le cannabis a tant d’influences, parfois contradictoires, sur la sphère sexuelle ? Les explications sont multiples. Certaines études suggèrent que les modifications de la sexualité soient dues aux effets psychotiques de la perception de la réalité qui amènent à une sensation de ralentissement du temps et une accentuation des sensations physiques grâce auxquelles même les rapports sexuels apparaissent prolongés, plus intenses et étendus au corps entier et non limités aux zones érogenes (3).

Ne manquent pas les hypothèses qui mettent en jeu le rôle du cannabis dans la modulation des régions du cerveau impliquées dans le contrôle de l’activité sexuelle, et plus particulièrement les zones qui contrôlent l’inhibition et la relaxation (3).

Cependant, certaines études ont tendance à montrer que les actions du cannabis seraient plutôt attribuées à un effet placebo, à cause la réputation aphrodisiaque de la plante. Effectivement il semble que les attentes et les croyances des utilisateurs de marijuana influencent l’issue des expériences sexuelles vécues (3).

A l’heure actuelle il manque des preuves pour renforcer l’une ou l’autre de ces explications. Il est fort probable que le cannabis agisse à plusieurs niveaux et d’une façon unique chez chaque utilisateur, ce qui explique pourquoi il peut y avoir autant de réponses individuelles à la consommation de marijuana (3).

Le système endocannabinoïde interagit avec les hormones sexuelles

Ceci dit, il existe à l’heure actuelle une nouvelle piste pour éclaircir les effets du cannabis au niveau de la vie sexuelle. Depuis les années 80,  le système endocannabinoïde a été mis en évidence, un réseau de molécules fabriquées au besoin par notre corps et capable de réagir entre autre aux composés contenus dans le cannabis (5).

Les plus connus sont le THC (Delta-9-tetrahydrocannabinol) et le cannabidiol. Ces substances sont appelées phytocannabinoïdes à différence de celles produites par notre corps, nommées endocannabinoïdes (5).

Le système endocannabinoïde se trouve dans le cerveau mais aussi un peu partout dans le corps et intervient dans la régulation d’une multitude de comportements et de fonctions physiologiques, dont les fonctions sexuelles. Les hormones gonadotropes, qui modulent le développement et le fonctionnement des organes génitaux, et les hormones sexuelles, telle que la testostérone, l'androstérone, l'œstrone, l'œstradiol et la progestérone peuvent aussi varier leur concentration selon l’activité du système endocannabinoïde (6).

En retour, les organes sexuels, les hormones sexuelles et les parties du cerveau qui contrôlent les fonctions sexuelles, en particulier l’axe hypothalamo-hypophysaire, peuvent en retour influencer le système endocannabinoïde comme dans une espèce de boucle (6).

Le cannabis provoquerait une baisse de testostérone

Une des hormones qui peut être touchée par l’utilisation de la marijuana est la testostérone. Environ trente minutes après avoir consommé le cannabis, le niveau de testostérone commence à baisser. Si la personne continue à fumer, au bout de quatre semaines le niveau de testostérone peut chuter de plus de la moitié. Quand la même personne arrête, au bout d’une semaine elle produit à nouveau une quantité de testostérone proche de la normale, ce qui indiquerait que ces effets sont reversibles (3).

Même si ces résultats n’ont pas été validés dans toutes les études menées chez l’humain, les expériences in vitro sur des cellules isolées ou chez des animaux, confirment, dans l’ensemble, ces données. De plus, elles montrent qu’une administration chronique de THC provoque une dégénérescence des testicules chez les chiens et une inhibition de la spermatogénèse chez les souris. Effets réversibles une fois que le THC n’est plus administré (6).

Si à l’heure actuelle on ne connait pas encore les séquelles de cette baisse de testostérone chez certains hommes, l’augmentation de l’excitation et de la libido chez les femmes consommatrices de cannabis semble, par contre, liée à une augmentation de cette hormone (3).

Il est important d’explorer le rôle du système endocannabinoïde dans la fonction sexuelle

Comme les témoignages de certaines utilisatrices de cannabis laissaient entendre, une étude récente a prouvé que le système endocannabinoïde est impliqué dans la sensation d’excitation et de libido. Plus particulièrement il y a une corrélation directe entre le taux des deux endocannabinoïdes, l’anandamide et le 2-arachidonoyl glycerol fabriqués par l’organisme et libérés dans le sang, et l’état d’excitation sexuelle chez les femmes qui ont participé à l’étude (7).

Par contre, à l’inverse de ce qu’on pouvait s’attendre par les récits des femmes, les résultats montrent que l’activation du système endocannabinoïde par le cannabis peut diminuer l’excitation sexuelle, ce qui peut expliquer pourquoi chez certaines consommatrices l’utilisation de cannabis peut avoir un effet opposé à celui attendu et espéré (7).

Le système endocannabinoïde apparait donc finement régulé, même en ce qui concerne les fonctions sexuelles, ce qui laisse envisager des potentialités intéressantes dans le traitement des dysfonctions sexuelles (7).

Cependant, en tenant compte de sa complexité et de l’étendue des possibilités thérapeutiques des cannabinoïdes, il sera utile de poursuivre les recherches pour mieux comprendre la multitude des liens entre le système endocannabinoïde et les fonctions sexuelles. Ceci est important pour éviter des effets secondaires qui touchent la sexualité, même lors de l’administration des cannabinoïdes pour le traitement de toute autre pathologie (3).

 

Références

1. Sexual dysfunctions among young men: prevalence and associated factors. Mialon A, Berchtold A, Michaud PA, Gmel G, Suris JC. J Adolesc Health. 2012. 51:25-31. Epub 2012 Mar 15.

2. The association of sexual dysfunction and substance use among a community epidemiological sample. Johnson SD, Phelps DL, Cottler LB. Arch Sex Behav. 2004. 33:55-63.

3. Male-female differences in the effects of cannabinoids on sexual behavior and gonadal hormone function. Gorzalka BB, Hill MN, Chang SC. Horm Behav. 2010. 58:91-9. Epub 2009 Sep 3. Review.

4. Early endothelial dysfunction as a marker of vasculogenic erectile dysfunction in young habitual cannabis users. Aversa A, Rossi F, Francomano D, Bruzziches R, Bertone C, Santiemma V, Spera G. Int J Impot Res. 2008. 20:566-73.

5. The Endocannabinoid System and the Brain. Mechoulam R, Parker LA. Annu Rev Psychol. 2012 Jul 12.

6. Minireview: Endocannabinoids and gonadal hormones: bidirectional interactions in physiology and behavior. Gorzalka BB, Dang SS. Endocrinology. 2012. 153:1016-24. Epub 2011 Dec 30.

7. Circulating endocannabinoid concentrations and sexual arousal in women. Klein C, Hill MN, Chang SC, Hillard CJ, Gorzalka BB. J Sex Med. 2012. 9:1588-601. Epub 2012 Mar 29.

 

Auteur : Lia Rosso / décembre 2012

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