Cannabis et anesthésie

La consommation de cannabis a de nombreux effets néfastes pour la santé. Elle peut notamment entraîner des complications lors d'une anesthésie générale, ou même lors d'une anesthésie locale, et cela pour plusieurs raisons. Explications.

Consommation de cannabis et anesthésie: interactions avec les produits anesthésiants

Le cannabis représente un danger pour les consommateurs devant subir une anesthésie, et cela tout d'abord car il a des effets sur le système nerveux central. Le cannabis contient une soixantaine de cannabinoïdes, le principal étant le delta-9-tetrahydrocannabinol (THC). Ce dernier est le composé psycho actif le plus puissant et le principal ingrédient responsable des effets du cannabis. Or, celui-ci possède des propriétés sédatives et hypnotiques. Son association aux anesthésiques peut potentialiser les effets hypnotiques et sédatifs des substances qui dépriment le système nerveux central telles que les barbituriques, opioïdes, benziodiazépines, phénothiazines... (1) D'autres composés du cannabis ont aussi un impact sur l'anesthésie: le cannabinol, le cannabidiol et le delta-8-tetrahydrocannabinol. Le cannabidiol potentialise les effets soporifiques des barbituriques et diminue le taux d'absorption de sérotonine. (2) Le cannabidol lui modifie la motilité intestinale. (3) Les cannabinols quant à eux doublent la durée du temps de sommeil induit par la kétamine et quadruplent la durée anesthésique du thiopental. (4)

A l'inverse, des études menées chez l'animal et chez l'homme ont montré que la présence de delta-9-THC dans l'organisme entraînait une antagonisation de l'effet sédatif du propofol. (5) Une étude chez des consommateurs chroniques de cannabis a ainsi montré qu'une augmentation des doses d'induction de propofol de l'ordre de 50 à 100% était nécessaire lors d'une anesthésie. (6) On sait aussi que le cannabis potentialise les myorelaxants non dépolarisants du fait des effets anti cholinergiques du THC et que la noradrénaline injectée est potentialisée par les cannabinoïdes. (7)

Après consommation aiguë de cannabis, les besoins anesthésiques sont augmentés, du fait d'une plus grande libération de catécholamines, alors qu'en cas de consommation chronique, les besoins sont diminués à cause de la déplétion des catécholamines. (8) En conclusion, les  multiples interactions entre drogues anesthésiques et cannabis rendent délicate l'adaptation précise du dosage des opiacés et hypnotiques lors des différentes phases de l'anesthésie.

Cannabis et anesthésie: complications cardiovasculaires et respiratoires

Le cannabis a en outre des effets néfastes sur le système respiratoire. Sa consommation peut entraîner des problèmes d'oxygénation et/ou de ventilation sous anesthésie générale. La fumée de cannabis provoque une hyperréactivité bronchique, avec un risque accru de bronchospasme ou de laryngospasme. Une étude de 2002 rapporte ainsi l'association entre cannabis et  laryngospasme sous anesthésie générale. (9) Des cas d'oropharyngite et d'œdème de la luette, conduisant à l'obstruction des voies aériennes sous anesthésie générale, ont été rapportés. Par exemple Mallat et col ont décrit le cas d'un patient de 17 ans qui a fait une uvulite aiguë, non mortelle, lors de l'extubation alors qu'il subissait une opération chirurgicale sous anesthésie générale: celui-ci a avoué après coup avoir fumé du cannabis 4 à 6 heures avant l'intervention. (10) Une autre étude a montré des convulsions de courte durée à l'induction et à l'émergence d'une anesthésie pour extraction dentaire. (11) La consommation chronique de cannabis est en outre associée à une altération des fonctions pulmonaires comparable à celle associée à la consommation de tabac, ce qui expose les utilisateurs à un risque accru de complications.

Une consommation de cannabis peut aussi entraîner des complications cardiovasculaires chez les utilisateurs de cannabis anesthésiés. Ces perturbations cardiovasculaires sont dose-dépendantes. À des doses faibles ou modérées, il y a une augmentation de l'activité sympathique, accompagnée d'une baisse de l'activité parasympathique, ce qui conduit à une taxhychardie et une augmentation du débit cardiaque. À doses élevées, l'activité sympathique est inhibée et l'activité parasympathique est augmentée, ce qui entraîne une bradycardie ainsi qu'une hypotension. (12) Ces effets restent bien tolérés chez des patients en bonne santé. En revanche, des cas d'infarctus du myocarde ou d'arrêts cardiaques ont été rapportés chez des consommateurs de cannabis avec des antécédents de cardiopathies. (13)

Il est aussi possible qu'il y ait des effets secondaires psychiatriques ou des symptômes de sevrage chez les consommateurs de cannabis à l'induction ou au réveil. (14) Enfin, certains auteurs indiquent que la consommation de cannabis semble constituer un facteur de risque d'estomac plein à l'induction de l'anesthésie (lors d'une intoxication aiguë). (15)

Cannabis et anesthésie: prévenir les complications

Ceux qui doivent subir une intervention chirurgicale doivent savoir que c'est la consommation de cannabis dans les 12h avant l'opération qui est la plus critique pour l'anesthésie. Cependant, à cause d'une élimination lente, les cannabinoïdes  peuvent être présents dans les tissus des fumeurs pendant des semaines et peuvent avoir une interaction avec un certain nombre d'agents anesthésiques. (16)

Le cannabis ayant des effets sur le système nerveux central, les systèmes respiratoire et cardiovasculaire, les auteurs estiment qu'il paraît prudent de retarder une intervention chirurgicale élective en cas de consommation de cannabis aiguë dans les 72h précédent une intervention. Si cette opération est indispensable, l'anesthésie loco-régionale est préférable si elle est possible.  Tous insistent sur la nécessité d'interroger les personnes devant être opérées sur la consommation de cannabis lors de la consultation pré-anesthésie, tout particulièrement chez certains patients, ceux souffrant de douleurs chroniques notamment. En effet, ces derniers sont susceptibles de consommer du cannabis pour réduire leur douleur et réussir à mieux dormir. Des anesthésistes-réanimateurs suggèrent de mettre en place un monitorage instrumental de la profondeur de l'anesthésie chez les patients consommateurs de cannabis. (17)



Références

(1) Huu Tram Anh Nguyen, Cannabis (marijuana) and anesthesia, Anesthesiology Rounds, November/December 2004, volume 3, Issue 9, 2004
(2) Steven J. Dickerson, Cannabis and its effect on anesthesia, Journal  of  the  American  Association  of  Nurse Anesthetists, 1980
(3) John M Gregg, Robert L Campbell, Kenneth J Levin, Jawahar Ghia, Riley E Elliot, Cardiovascular Effects of cannabinol during oral surgery, Anesthesia and Analgesia, Current Researches, Vol 55, n°2, March-April, 1976
(4) Guillaume Taylor, Anesthésie et cannabis, DARU, Fondation Ophtalmologique A. de Rothschild, 25-29 rue Manin, 75940 Paris cedex 19.(5) Flisberg P, Paech MJ, Shah T, Ledowski T, Kurowski I, Parsons R. Induction dose of propofol in patients using cannabis. Eur J Anaesthesiol. 2009 Mar;26(3):192-5. doi: 10.1097/EJA.0b013e328319be59.
(6) Flisberg P, Paech MJ, Shah T, Ledowski T, Kurowski I, Parsons R. Induction dose of propofol in patients using cannabis. Eur J Anaesthesiol. 2009 Mar;26(3):192-5. doi: 10.1097/EJA.0b013e328319be59.
(7) Steven J. Dickerson, Cannabis and its effect on anesthesia, Journal  of  the  American  Association  of  Nurse Anesthetists, 1980
(8) Huu Tram Anh Nguyen, Cannabis (marijuana) and anesthesia, Anesthesiology Rounds, November/December 2004, volume 3, Issue 9, 2004
(9) White SM. Cannabis use and laryngospasm. Anaesthesia 2002;57: 622-3
(10) Boyce SH, Quigley MA. Uvulitis and partial upper airway obstruction following cannabis inhalation. Emerg Med 2003;14:106-8.
(11) Symons IE. Cannabis smoking and anaesthesia.  Anaesthesia 2002;57 1134-45(12) Huu Tram Anh Nguyen, Cannabis (marijuana) and anesthesia, Anesthesiology Rounds, November/December 2004, volume 3, Issue 9, 2004
(13) Guillaume Taylor, Anesthésie et cannabis, DARU, Fondation Ophtalmologique A. de Rothschild, 25-29 rue Manin, 75940 Paris cedex 19.
(14) Huu Tram Anh Nguyen, Cannabis (marijuana) and anesthesia, Anesthesiology Rounds, November/December 2004, volume 3, Issue 9, 2004
(15) Guillaume Taylor, Anesthésie et cannabis, DARU, Fondation Ophtalmologique A. de Rothschild, 25-29 rue Manin, 75940 Paris cedex 19.
(16) I. E. Symons Cannabis smoking and anaesthesia, Anaesthesia Volume 57, Issue 11, pages 1142–1143, November 2002(17) Guillaume Taylor, Anesthésie et cannabis, DARU, Fondation Ophtalmologique A. de Rothschild, 25-29 rue Manin, 75940 Paris cedex 19.

Autres sources :

  • Ashton CH. Adverse effects of cannabis and cannabinoids.  Br J Anaesth 1999;83(4):637-4Frishman WH, Del Vecchio A, Sanal S, Ismail A. Cardiovascular manifestations of substance abuse, Part 2: alcohol, amphetamines, heroin, cannabis and caffeine.  Heart Dis 2003;5(4):253-271
  • Tashkin DP, Coulson AH, Clark VA, et al. Respiratory symptoms and lung function in habitual heavy smokers of marijuana alone, smokers of marijuana and tobacco, smokers of tobacco alone and nonsmok- ers.  Am Rev Respir Dis  1987;135:209-16Boyce SH, Quigley MA. Uvulitis and partial upper airway obstruction following cannabis inhalation.  Emerg Med  2003;14:106-8.
  • Guarisco JL, Cheney ML, Lejeune FE Jr, Reed HT. Isolated uvulitis secondary to marijuana use.  Laryngoscopy 1988;98:1309-12.
  • William Notcutt,  Deepak Rangappa, A response to ‘Cannabis abuse and anaesthesia’, Mills P M and Penfold N, Anaesthesia 2003; 58: 1125, Anaesthesia Volume 59, Issue 5, pages 518–519, May 2004

Auteur : Anne-Sophie Glover-Bondeau / septembre 2013

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