Dépistage de la consommation de cannabis: les tests existants

Pour savoir si une personne consomme du cannabis, il existe différents tests de dépistage, réalisés à partir du prélèvement de différents milieux biologiques. Comment fonctionnent-ils? Ont-ils tous la même fiabilité? Zoom sur les tests de dépistage de la consommation de cannabis.

Dépistage de la consommation de cannabis: ce que l'on détecte

Après inhalation, environ 18% du tétrahydrocannabinol (THC), principal cannabinoïde, pénètrent dans la circulation sanguine. (1) Cette absorption est très rapide. Les concentrations sanguines maximales sont obtenues 7 à 10 mn après le début de l'inhalation.

Le THC se fixe ensuite sur des tissus riches en lipides (le cannabis est dit lipophile), en particulier au niveau du cerveau. Le temps de rétention du THC dans ces tissus est long: la demi-vie du THC est d'environ 8 jours. En outre, 20% de la quantité de THC présente dans les tissus possède une demi-vie d'environ 2 à 3 mois. Certains auteurs ont retrouvé des métabolites du THC dans les urines de gros fumeurs 72 jours après la dernière cigarette. (2) Le THC est rapidement métabolisé. Au niveau du foie, le THC est métabolisé en 11-hydroxy-THC (11-OH-THC) puis en acide 11-nor-THC-carboxylique (THC-COOH). (3) Le THC-COOH commence à apparaître dans le sang dans les minutes qui suivent l'inhalation. C'est le composé le plus abondant dans l'urine - l'élimination des cannabinoïdes se fait en partie par voie rénale-, tandis que le THC inchangé y est présent seulement à l'état de traces. Les tests de dépistage du cannabis recherchent donc principalement dans les urines et dans le sang le THC ou le principal métabolite du THC, le THC-COOH. L'élimination des cannabinoïdes se fait aussi par la sueur, ce qui en fait un milieu biologique utilisable pour le dépistage.

Les tests de dépistage du cannabis

Jusque dans les années 1970, le dépistage du cannabis se faisait dans les urines. Le développement des méthodes chromatographiques, plus sensibles, ont permis dans le milieu des années 1990, de détecter et de doser les métabolites du THC dans le sang, la sueur, la salive et les cheveux.

Test de dépistage sanguin

Le test de dépistage sanguin permet de détecter une consommation de cannabis dans un délai maximum de 2 à 10h après la prise. Seule l'analyse de sang permet de différencier principes actifs et métabolites dépourvus d'effets psycho actifs et de faire une analyse quantitative. C'est le test le plus approprié dans un contexte médico-légal (accidents de la route). La méthode la plus fiable est la chromatographie en phase gazeuse avec détection par spectométrie de masse. Cette dernière a une excellente sensibilité: la limite de détection est de 0,4ng/ml pour le 9-tétrahydrocannabinol et de 0,2ng/ml pour le THC-COOH. Cette analyse permet également d'estimer le temps écoulé entre la dernière consommation et la prise de sang.

Test de dépistage urinaire

Le test de dépistage urinaire permet le dépistage rapide d'une consommation de cannabis, et cela jusqu'à 2 à 7jours après une prise occasionnelle, et bien plus longtemps chez les consommateurs chroniques,  les taux de THC-COOH y étant très élevés. Des auteurs ont ainsi retrouvé des métabolites du THC dans les urines de gros fumeurs 72 jours après la dernière consommation de cannabis. Les méthodes les plus fréquemment employées sont la technique enzymatique EMIT et l'immunopolarisation de fluorescence qui utilisent un anticorps dirigé contre le THC-COOH. Un résultat positif dans les urines doit être confirmé par une autre technique  car les faux positifs sont possibles. (4) Il existe des tests urinaires unitaires faisant appel à la chromatographie. Quelques gouttes d'urines et quelques minutes suffisent à détecter une consommation de cannabis.

Test de dépistage salivaire

Le test de dépistage par la salive permet de détecter une consommation récente de cannabis (de 2 à 10 heures). Cependant, on sait que le passage des cannabinoïdes du milieu sanguin vers la salive est très faible et que l'on détecte juste les cannabinoìdes présents par séquestration bucco-dentaire.

Test de dépistage au niveau de la sueur

Il existe des tests de dépistage du cannabis qui utilisent la sueur. Celle-ci constitue cependant un mauvais milieu d'investigation car la persistance du THC est dépendante du dernier lavage. Ils permettent de détecter une consommation récente de cannabis.

Test de dépistage capillaire

Des techniques chromatographiques très performantes permettent de détecter la présence de THC dans les cheveux (les concentrations en THC sont de quelques ng par mg de cheveux). Cette analyse des cannabinoïdes dans les cheveux permet d'établir la chronicité et  le niveau de consommation (faible, moyen, fort), ce que ne permet pas le test de dépistage urinaire.

Tests de dépistage du cannabis: les limites

Il n'existe pas d'outil de dépistage rapide, fiable et simple, sans prélèvement biologique de la consommation de cannabis, en testant l'haleine par exemple comme c'est le cas pour la consommation d'alcool avec l'éthylotest. Les tests de dépistage urinaires permettent un dépistage rapide de la consommation de cannabis mais ont un inconvénient: ils ne permettent en particulier pas de distinguer une consommation récente ou plus ancienne de cannabis (les tests peuvent être positifs jusqu'à 3 semaines après la prise chez les gros consommateurs et jusqu'à 12 jours chez les fumeurs réguliers). Ainsi, ces tests ne permettent pas d'affirmer que quelqu'un était sous l'influence du cannabis au moment du prélèvement. En outre, le recueil des urines doit se faire dans des conditions très strictes car il est possible de fausser les résultats (adultération) en ajoutant de d'eau dans les urines ou en prenant des diurétiques par exemple). Les tests salivaires ne sont pas assez fiables aujourd'hui - trop de faux positifs ou négatifs- pour en faire un outil de dépistage de masse, non invasif.

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Références

(1) Richard D, Senon JL. Le cannabis. Paris : Presses Universitaires de France ; 1996
(2) Johansson E, Noren K, Sjovall J,Halldin MM. Determination of delta-1 tetrahydrocannabinol in human fat biopsies from marijuana users by gas chromatography-mass spectrKintz P, Machart D, Jamey C, Mangin
(3) Baselt RC, Cravey RH. Disposition of toxic drugs and chemicals in man. Foster City : Chemical Toxicology Institute, (1995)
(4) Kintz P, Machart D, Jamey C, Mangin P. Comparison between GC-MS and the EMIT  II, Abbott ADx, and Roche Online immunoassays for the determination of THC-COOH. J  Anal Toxicol 1995 ; 19 : 304-306 ometry. Biomed Chromatogr 1989 ; 3 : 35-38

Autres sources :

  • Patrick Mura et Alain Piriou, Le cannabis, Laboratoire de Biochimie et de Toxicologie, Centre Hospitalier Universitaire, Poitiers
  • Mura P., Kintz P., Papet Y., Ruesch G., Piri ou A. Evaluation de six tests rapides pour  le dépistage du cannabis dans la sueur, la salive et les urines. Acta Clin Belg 1999 : 35-38
  • Pepin G, Mura P, Kintz P, Dumestre-To ulet V, Ghysel MH, Goullé JP, Gruson A,  Lhermitte MA, Lachâtre G, Marka C, Molinar o R, Tourneau J, Vallon JP. Recherche de  stupéfiants dans le sang de conducteurs  d’automobiles : résultats d’une compilation  française d’expertises toxicologiques. Toxicorama 1999 ; 11 : 12-16
  • Kintz P. ed. Drug testing in hair Boca Raton : CRC Press, 1996.
  • Kintz P, Cirimele V, Pepin G, Marquet P,Deveaux M, Mura P. Identification et dosage des cannabinoïdes dans le sang total. Toxicorama 1996 ; 8 : 29-33
  • Huestis M, Henningfield J, Cone E. Blood cannabinoids. II. Models for the prediction  of time of marijuana exposure from pl asma concentrations of THC and THC-COOH. J Anal  Toxicol 1992 ; 16 : 283-286
  • Verstraete AG.  Detection times of drugs of abuse in blood, urine, and oral fluid. Ther Drug Monit. 2004 Apr;26(2):200-5.
  • Vandevenne M, Vandenbussche H, Verstraete A. Detection time of drugs of abuse in urine. Acta Clin Belg. 2000;55:323 333

Auteur : Anne-Sophie Glover-Bondeau / septembre 2013

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